Batman revient au cinéma sous les traits controversés de Ben Affleck, pourtant oscarisé et homme d’expérience au cinéma. Zack Snyder a fait le pari de proposer un grand film et d’aller encore plus loin que Man of Steel, en proposant un affrontement entre Batman et Superman pour lancer la création de la Justice League. Que doit-on attendre de ce film hyper médiatisé ? Verdict.

Ce qu’il manque…

Alors oui, il manque une « origin story » pour mieux introduire Batman. Quels sont ses ennemis ? Quel rôle joue-t-il en tant que super-héros dans Gotham City ? Quelle vision ont de lui les habitants ? Quelques petites questions qui sont sans réponse, mais qui ne perturbent absolument pas l’intrique du film. Zack Snyder nous a promis une version longue d’une demi-heure supplémentaire. Peut-être aurons-nous des réponses à ces interrogations ?

De même que pour Batman, aucune information sur Wonder Woman. Les mauvaises langues diront que c’est dû à un choix scénaristique. Pourtant, il ne faut pas perdre de vue qu’elle aussi fait partie du projet DC Extented Universe, qui a pour objectif de réunir tous les héros et de les présenter à tour de rôle dans des films solos. Donc, le film sur Wonder Woman (été 2017) sera le bienvenu et complètera BvS.

L’empreinte de Christopher Nolan, où est-ce que ça en est ?

Nolan nous a offert un univers SOLO sur un Batman isolé, évoluant au cours des trois films, mais qui à aucun moment n’était destiné à prendre en compte l’existence de Superman ou de ses confrères de la Justice League. C’est pourquoi, il est tout bonnement impossible de comparer nos deux Batman ! Les objectifs ne sont clairement plus les mêmes.

Néanmoins, ce nouveau film est sombre, comme ceux de Nolan, ce qui encore une fois permet de mieux distinguer DC Comics de Marvel. Nous y reviendrons.

Et alors, ce Batman, comment est-il ?

Il était intéressant de voir comment Nolan avait construit son Batman. Bruce Wayne, alors enfant, se rend au théâtre avec ses parents. Pris d’un malaise, il implore son père de quitter le spectacle. C’est alors que débarque Joe Chill, voleur des rues, arme à la main. Un braquage qui tourne mal et qui prive le petit Bruce de ses parents. Ainsi, il souhaite combattre l’injustice. Il construit alors un Batman qui s’appuie sur une culpabilité profonde : « et si je n’avais pas quitté le théâtre… est-ce ma faute ? ».

Batman v Superman

Jeremy Irons en Alfred, la grande classe.

Le Batman de Snyder offre une autre identité à Batman. Tout d’abord, il se rend au cinéma avec ses parents. Sur les premières images de Batman v Superman, on découvre un Bruce Wayne heureux, entouré par des parents qui l’aiment. C’est alors que débarque Joe Chill (on suppose que c’est lui, même s’il n’est pas mentionné dans le film) qui menace Thomas et Martha Wayne. En bon père de famille, Jeffrey Dean Morgan (Supernatural, Grey’s Anatomy, Watchmen), tente de protéger les siens. Et la suite, tout le monde la connaît. « Martha… », tels sont ces derniers mots. Ainsi, pris de colère, le petit Bruce Wayne se forge une autre identité. Son Batman est cynique, voire blasé. Enervé aussi. Batffleck est un Batman qui s’est construit sur un profond sentiment d’injustice et non pas de culpabilité. Ce qui le rendra d’ailleurs beaucoup plus agressif.

Les deux portraits sont bien présentés au spectateur. Pour la première fois, Nolan change cet aspect de Batman et y insère de la culpabilité. Snyder lui, reste davantage fidèle aux comics (ceux de Frank Miller pour les connaisseurs). Les deux se valent.

On nous avait promis un BvS sombre, plus que ceux de Nolan. Est-ce trop sombre ?

Oui, ça l’est. Pour les enfants, du moins. Pour nous, les adultes, il nous met les pieds sur Terre et nous pousse à nous interroger sur la manière politique dont on traite les individus. Peut-on aisément ravager Métropolis (Man of Steel), New York (Avengers) ? Peut-on, sous prétexte d’une guerre extra-terrestre / surnaturelle, tout casser et voir un public qui nous acclame ?

Ce sont des héros. Ils ont de bonnes causes, ils sont le symbole de l’espoir, etc. Mais sont-ils si blancs que ça ? Batman v Superman nous montre le contraire. Un homme qui a sauvé l’espèce humaine de l’extinction ne peut pas simplement être acclamé s’il a ravagé toute une ville. Parce que quand les super-héros s’affrontent, il y a des morts. Des citoyens qui n’avaient rien demandé et qui ont fait les frais de ce combat. C’est pourquoi, il était très judicieux dans le film de mettre à mal un Superman devant tant d’interrogations, devant tant de haine de la part de ceux qui ont fait les frais de son combat contre le Général Zod.

BvS est le reflet d’une société qui évolue, qui a peur, notamment si on fait le parallèle avec les attentats (Charlie, Paris, Bruxelles). Qui est ce sauveur ? Sa place est-elle légitime ? Et les réponses ne sont toujours pas roses, même si le demi-Dieu sauve des vies. Le film est réaliste et c’est peut-être en cela qu’il fait peur.

Tout est millimétré dans Batman v Superman

Les bandes annonces sont trompeuses ! L’affrontement n’est absolument pas l’objet du film. Bien au contraire. Pour ceux qui avaient peur de revoir une fin un peu décevante comme Man of steel (trop de démolition, pas assez de place aux personnages), rassurez-vous, on ne vous en met pas plein la vue.

Batman v Superman

Le procès des responsabilités pour le Dieu extraterrestre.

Zack Snyder a fait le pari de nous offrir une palette de super-héros. Trop ? Non. Juste ce qu’il faut. Superman est au centre des interrogations. Batman s’insère avec brio dans ce nouvel univers. Et Wonder Woman est impeccable. Mystérieuse (il faut bien laisser la place au film qui lui sera consacré), efficace et surtout, qui ne vole pas la vedette aux deux garçons. Il est vrai que parfois, le spectateur peut s’ennuyer durant le film. La mise en place peut paraître longue lorsque l’on revoit la mort des parents Wayne et le procès autour de Superman. Pourtant, bien que longuet, ces étapes sont nécessaires dans la construction des deux personnages de DC Comics.

Encore une fois, le réalisateur nous offre un méchant spectaculaire : Jesse Eisenberg. Lex Luthor, manipulateur, méchant voire cruel, prêt à tout pour arriver à ses fins… Sa prestance est glaciale (bien entendu vous regarderez le film en VO). Quant à Doomsday, il n’est pas de trop. Bien au contraire. Batman contre Superman, c’est juste l’histoire de quelques minutes. Pas plus. Alors, laissons la place au grand méchant. Les fans de comics seront ravis de voir que l’œuvre est fidèle aux histoires.

Batman V. Superman, ce n’est pas une création originale, ni une adaptation. C’est basé sur des ouvrages littéraires. Comment le film fait-il référence aux comics ?

Parfois, nous perdons de vue que Batman et ses compagnons sont inspirés de bandes-dessinées. Zack Snyder avait réalisé un Man of steel inspiré des comics : sombre, violent, ancré dans un monde actuel.

Pour BvS, le réalisateur s’est inspiré de deux comics : le très sombre The Dark Knight Returns, de Frank Miller et La mort de Superman, paru en 1992. Deux ouvrages très sombres, dans lesquels on voit un Batman revêtir pour la première fois une armure pour encaisser les coups de Superman (il finira même par le mettre à genoux dans la BD) et dans l’autre, c’est la première fois que l’Ange de Métropolis se fait tuer par Doomsday. Un épisode bien sombre et jusque-là inédit dans l’univers DC.

Le petit clin d’œil aux ouvrages est un régal pour le spectateur passionné. Les autres qui n’ont pas lu ces ouvrages, peuvent tout à fait apprécier ces aspects du film, malgré le fait qu’ils n’aient pas ces références-là.

Parallèlement à Marvel, DC Comics reste davantage fidèle aux comics. Dans The Dark Knight Rises par exemple, on a un Batman qui se fait briser la colonne vertébrale par Bane, tout comme dans l’ouvrage Knightfall. Marvel quant à eux, s’éloignent souvent des BD, sans pour autant être hués par les spectateurs. DC Comics a choisi de rester plus fidèle, chose fortement appréciée par nous les geeks.

Pour conclure.

Les critiques presses sont négatives. Pourquoi ?

Parce que BvS expose le reflet d’une société qui dérange. Il remet en question notre fonctionnement. Et puis aussi, parce que les journalistes ont la critique facile alors qu’ils n’ont jamais ouvert un comic de leur vie… Malheureusement.

Est-il trop sombre ?

Uniquement pour vos enfants. C’est davantage un film pour les adultes, contrairement aux productions Marvel.

Faut-il aller le voir ?

Oui, vous risquerez même d’y revenir ! Mais nous vous déconseillons fortement d’aller le voir en VF. Nous avons vu le film, deux fois, en langue originale et en français, l’écart est indiscutable.

Merci à Adrien pour cette critique.