Avec une bande annonce et une affiche qui augurait une suite spirituelle au Choc des Titans version papyrus et pyramides à gogo, le film d’ Alex Proyas ressemble finalement plus à un genre de films d’action tombé en désuétude. Bonne idée ou vieille facétie ? 

Si on m’avait dit que je prendrais du plaisir à regarder Gods of Egypt, je n’aurais certainement pas parié une livre égyptienne dessus. Pourtant, au fur et à mesure de son visionnage, le film délivre un « je-ne-sais-quoi » de mon enfance.

Gods of Egypt est l’histoire d’un mythe. Tout d’abord, une introduction musicale façon conte des mille et une nuits. Il s’agit de comprendre un peu les rapports de force qui existent dans un monde où les Dieux égyptiens vivent avec les humains. Puis le « plan hélico » sur la ville un brin fantasmagorique d’une cité florissante au bord du Nil. Et on continue sur un célèbre plan d’un marché arabe suivant les premières péripéties du « prince des voleurs » et héros de notre oeuvre, Bek. Si ces quelques minutes me rappellent déjà fortement le Aladdin de Disney, ce n’est surement pas pour me déplaire.

De ces premières minutes, on peut aussi constater la volonté du film de coller à une ambiance. Beaux costumes, beaux décors, Gods of Egypt sait se faire chatoyant. Par la suite, je n’aurai eu de cesse de m’émerveiller devant une autre beauté, celle de la créativité des environnements et des scènes rituelles qu’on attend d’un film qui se déroule en Egypte antique. Je crois bien qu’il est son premier argument. Que ce soit ses personnages, ses intérieurs ou ses gargantuesques extérieurs, le film étonne et démontre qu’il peut se mettre en avant d’une bien belle façon.

Gods of Egypt

Une des bonnes idées du film, faire de grands Dieux.

En plus de son ambiance, l’histoire du film participe tout autant à son cachet étrangement emprunté aux années Spielberg et Zemeckis. De l’amour dramatique d’un jeune couple qui se retrouve séparé par la volonté des Dieux, de la rédemption des uns, du courage des autres, Gods of Egypt fait vivre ses personnages à travers les décors et les situations, donnant une réelle satisfaction dans la progression du film. Par contre, n’en attendait pas des dialogues incroyables. Si la structure est bonne, le film manque cruellement d’un ton subtil. Une erreur de traitement selon moi qui débilise le public adulte au risque de le sortir du propos plutôt que de l’inclure dans un récit épique.

Pour ce qui est du casting, on oscille entre le bon et le ridicule. Mettre des acteurs américains pour jouer des égyptiens, c’est déjà une belle farce, surtout quand le reste du casting est typé. Le jeu n’est pas indigeste mais comme les dialogues sont mauvais, ça ne transpire pas la prestance. Pour autant, la relation entre chacun n’est pas mauvaise. Le bon Bek aide Horus a retrouvé son trône tout en jouant la figure à suivre, Gerard « Seth » Butler en bon frère tyrannique et délaissé, fait valoir son droit par la force et les seconds rôles divertissent entre séduction, prétention et égocentrisme. Au final, on est vraiment face à un casting improbable mais qui tient par la force des choses.

Gods of Egypt

C’était nécessaire qu’ils disaient…(héroïne oblige)

Je me dois de revenir sur une partie du film qui saute aux yeux et qui a du faire passer le film pour un navet intolérable auprès du consommateur de blockbuster : les effets spéciaux. Source de rires et de surprises, on a vraiment l’impression que le film n’avait pas le budget pour assumer son rôle. On se retrouve ainsi entre des scènes tout à fait généreuses où les effets participent au souffle divin du film avec la scène d’Apophis qui ferait pâlir le final d’Avengers et face à des scènes aberrantes d’un autre temps qui interdisent au cerveau de fonctionner. La scène de la fuite en char frappe instantanément. D’autres suivront, donnant comme une impression de volonté assumé de faire du kitsch à défaut d’avoir l’argent (et le temps ?) pour autre chose. Entre mauvais goût et identité géniale, il faudra choisir.

Comme une madeleine Bijou de Proust, Gods of Egypt vous fera peut-être revenir dans le ciment des films des années 80-90 où le voyage nous raconte une histoire. Si vous réussissez à passer au travers de ses défauts, il est assurément un meilleur divertissement que bien d’autres films se réclamant d’un souffle épique. Personnellement, il me rappelle le mésestimé Stardust ou un Tron : Legacy qui sont, sans briller au firmament, deux exemples d’efficacité visuelle et de récits rondement menés.

Au final, Gods of Egypt m’aura donné une bonne impression et me fera dire que Proyas a peut-être pondu un navet sympathique. Un film en dehors des sentiers qui remet au goût du jour l’aventure, les décors non génériques et une ambiance égyptienne fantastique réussie et réellement inspirée, n’en déplaise à Masami Kurumada.