Il faut revenir pendant l’année 1974 pour comprendre la genèse du Dune de Jodorowsky. Un projet tellement fou et tellement improbable que le cinéma s’en souvient comme l’un des projets marquants du cinéma hollywoodien. Frank Pavich est allé à la rencontre de Alejandro Jodorowsky et des membres de l’équipe pour comprendre comment tout cela s’est passé. 

Le film documentaire de Pavich est en fait le plus bel hommage qu’on pouvait rendre à cette histoire, à celle d’un homme qui déborde d’amour et de conviction sur l’art et qui était prêt à rassembler les meilleurs hommes pour faire son adaptation de Dune, l’illustre roman de science-fiction de Frank Herbert. Suivi par Michel Seydoux, grand producteur de l’époque, qui a cru en lui, après son succès dans les salles françaises de El Topo et la Montagne Sacrée, deux films hautement symboliques et représentatif du cinéma des années LSD, Jodorowsky n’aura de cesse de vouloir repousser les limites de ce que le cinéma pouvait donner et son adaptation de Dune en est une preuve accablante.

 

Jodorowsky

HR Giger devant le design de la forteresse des Harkonnens.

Le documentaire raconte alors son incroyable épopée qui se déroule sur trois ans pour trouver les « guerriers spirituels », comme il les appelle, comme Jean Giraud aka Moebius qui lui en dessinera 3000 pages de dessins préparatifs. Ainsi que d’autres créatifs encore jeunes comme Hans Ruedi Giger qui travaillera plus tard sur Alien et Dan O’Bannon, lui aussi sur Alien et Total Recall.

Son casting d’acteurs donne tout autant de frissons quand Jodorowsky pense trouver en Salvador Dali, celui qui jouera parfaitement l’empereur mégalo ou lorsqu’il voit en Orson Welles le tyran sanguinaire de son oeuvre. Quand Mick Jagger et David Carradine n’hésitent pas une seconde à le suivre ou que son fils, Brontis, qui a alors 12 ans, sera littéralement sacrifié pendant six mois à l’apprentissage des arts martiaux pour qu’il obtienne le physique parfait pour devenir le héros du film.

Tout dans ce film respire l’incroyable. Et le plus dingue, c’est que tout ce monde était prêt à suivre Jodorowsky sans vraiment savoir ce qu’était Dune. Peu l’on lu, ou peu savait ce que c’était. Même Jodorowsky avoue avoir choisi Dune sur un coup de tête comme il aurait pu choisir Hamlet, lorsque Seydoux en 74 lui propose de choisir un projet à réaliser.

Jodorowsky

Jodorowsky, son oeuvre écrite sous forme d’un recueil à côté de lui.

Jodorowsky’s Dune est un témoignage sur un film qui n’a jamais vu le jour. Rien que pour cela, ce documentaire vaut le détour. C’est l’histoire du travail de création d’une oeuvre, raconté par son créateur fou. C’est un projet, qui à mon sens et comme beaucoup d’autres le pensent, aurait pu changer la face du blockbuster hollywoodien. Star Wars, sorti en 1977, n’aurait peut-être jamais vu le jour si un film plus ambitieux que lui était né avant. Et personne aujourd’hui ne peut imaginer un monde du Cinéma sans Star Wars.

Ce documentaire force le spectateur à comprendre qui est Jodorowsky. Il nous montre un monde au-delà de l’oeuvre. Il nous montre le projet d’une vie. Il nous ramène à savoir pourquoi ce film n’a jamais été produit et comment il a indirectement marqué le cinéma pour les générations suivantes. Un documentaire essentiel.